Chercher...

Une rixe chez les nains de jardin PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Charles Bricman   
Mardi, 19 Mai 2009 21:38
Vendredi midi, je partageais une soupe vietnamienne près de l’Université avec un ami journaliste qui a fréquenté les deux côtés du miroir : entre deux vies d’observateur et de commentateur de l’actualité, il a assumé des fonctions de porte-parole d’une personnalité politique. Il est vacciné, quoi. Je l’ai entendu me dire que, pour la première fois dans sa vie de citoyen, il se demandait s’il n’allait pas voter « blanc ».

Moi, je me suis posé cette question ici même, il y a quelques semaines. Je me la repose aujourd’hui. Mais qu’est-ce qui nous arrive ? Pourquoi cette épidémie de gros coups de fatigue ? D’où vient ce découragement ?

Un sentiment de totale impuissance, sans doute. Jumelée à une perte de considération pour une classe politique qui n’est plus intense que dans son impudeur. Et probablement associée à un sourd remords aussi. C’est Vaclav Havel, je crois, qui a dit un jour en parlant des dictatures que si des peuples les subissaient, c’est qu’ils n’avaient pas en eux la force morale de s’en libérer. Pour nous, les Belges, c’est peut-être pire encore, au fond. Nous ne vivons pas sous une vraie dictature. Nous nous complaisons dans une forme avachie de démocratie de façade. C’est notre faute. Ces « ministres intègres et conseillers vertueux » (Ruy Blas, acte III, scène 2), nous les tolérons et même, nous les élisons et les réélisons, encore et encore…

Nous nous ébaubissons même au spectacle de leurs querelles de nains de jardin. Grincheux déclare Dormeur infréquentable et n’en tire que le sentiment d’avoir bien parlé pour s’attirer nos faveurs. Blanche-Neige se drape dans sa dignité offensée et annonce qu’elle ne supportera pas cela une seconde de plus – mais les secondes s’égrènent et elle est toujours là. Mauvais théâtre. Ivresse des mots, incontinence rhétorique, perte de sens. Du sens des mots, et de celui de l’Histoire. Reviens Walt, tes petits personnages sont sortis de leurs cases et les enfants ont perdu leur sourire.

Nos soucis sont immenses. Eux, ils se querellent comme si leur solution en dépendait. On ne leur demande pourtant pas de résoudre tous nos problèmes, ils ne le pourraient pas et nous serions bien malvenus de leur en vouloir pour ça. Nous leur demandons seulement de gouverner, ici et maintenant, selon les règles de l’art et de la civilisation démocratique et parlementaire. Avec mesure. Sans excès inutiles. Avec au cœur la conscience de la relativité des choses et de l’incertitude des choix. Et pour ambition de servir, avant de se servir. Mais sans doute ne suis-je plus dans le coup quand, avec Ruy Blas toujours, j’interroge encore : est-ce là votre façon de servir, serviteurs qui pillez la maison ?
 
RocketTheme Joomla Templates