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Livres

| La fin des journaux et l'avenir de l'information |
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| Écrit par Charles Bricman |
| Vendredi, 27 Février 2009 15:44 |
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Un monde sans journaux fait-il partie des avenirs possibles ? Bernard Poulet pense que oui. C’est la partie descriptive, impeccable, de l’essai qu’il vient de publier. Elle induit des questions essentielles sur l’avenir de l’information et, de là, sur celui de la démocratie. A ces niveaux-là, la démonstration me paraît peut-être un peu moins convaincante. Sous la forme que nous lui connaissons encore aujourd’hui, déjà profondément modifiée quand même, le journal est âgé d’environ un siècle et demi. Son modèle économique repose sur deux marchés : celui des lecteurs et celui des annonceurs. Tous les deux en repli, alors que les coûts continuent à progresser. Dans le meilleur des cas, la rentabilité diminue. Dans le plus mauvais, elle a déjà complètement disparu. Considérés individuellement, les journaux imprimés sont à des stades plus ou moins avancés d’asphyxie (pp. 31 et s.) C’est donc une industrie en déclin, de plus en plus durement concurrencée par Internet : les lecteurs de journaux, plus âgés, décèdent, alors que ceux qui entrent dans la vie active ne lisent plus de journaux imprimés (voyez par exemple cette toute nouvelle étude du Pew Research Center for the Press and the People). Le journalisme migrera-t-il sur la Toile ? Cela semble une évolution naturelle mais ce n’est pas acquis. Il n’y a pas encore de modèle économique bien établi et la rentabilité de l’information online reste, à ce stade, problématique. Tant pour les pure players et digital natives que pour les medias classiques qui se convertissent en totalité ou en partie au web. En ce qui concerne ceux-ci, la progression des rentrées publicitaires de leurs éditions en ligne est bien moins rapide que l’érosion de leurs recettes « papier ». Jusque là, tout le monde est à peu près d’accord. A partir de là, s’opère la distinction entre les optimistes et les pessimistes. Bernard Poulet est clairement dans le camps des pessimistes. Et c’est là qu’il me déçoit un peu car si l’avenir n’est évidemment écrit nulle part et si celui qu’il pressent est assurément dans le champ des possibles, il me semble que son raisonnement repose sur des prémisses contestables. La première d’entre elles me paraît être une illusion d’optique : les journaux ayant toujours été jusqu’ici des publications intégrant « les nouvelles » de toutes sortes (politiques intérieure et extérieure, économie, social, régions, culture, etc.), l’auteur semble faire de ceci une caractéristique immuable. Partant, les coûts de production de l’information (principalement le salaire des journalistes, les frais de reportage…) ne seraient pas ou seraient peu compressibles sans concessions dramatiques sur la qualité. Je n’en suis pas si sûr. Qu’est-ce qui empêcherait, demain, l’éclatement des rédactions en business units spécialisées et plus ou moins autonomes, selon les thèmes traités ? Pourquoi aussi le Télégramme de Brest online devrait-il absolument couvrir les élections américaines ou la guerre en Irak, dès lors que ses lecteurs ont librement accès à toutes les sources accessibles sur la Toile ? Je plaide ici dans le même sens que Jeff Jarvis : Cover what you do best, and link to the rest. Certes, me direz-vous peut-être, mais Le Monde, ou Le Figaro ? C’est la même chose, à une autre échelle. En tant que lecteurs désormais, nous sommes libres de picorer ce qui nous intéresse ou bon nous semble et, d’une certaine façon, il n’y a plus qu’un seul journal, sans direction ni rédacteur en chef, et il est parfaitement pluraliste. On le trouve chez Google… Nous avons dès lors moins besoin de trouver dans le Télégramme de Brest une analyse particulière de la situation des droits de l’Homme en Chine que de disposer, quelque part sur le web, et pas forcément sur le site du Télégramme, de « panneaux indicateurs » vers les meilleures sources concernant les sujets qui nous intéressent. C’est un peu troublant, je sais, mais c’est une autre façon de réorganiser les rédactions, sans linéarité des compressions budgétaires, en les renforçant là où elles peuvent vraiment faire la différence (je doute que Le Figaro puisse jamais être plus performant que La Libre ou Le Soir pour couvrir la nomination des bourgmestres dans la périphérie bruxelloise). On a dit qu’Internet était une sorte de révolution. Je crois que c’est vrai. Cela signifie à mon avis qu’il ne suffira pas de simplement reproduire les structures anciennes dans le nouveau media. Si l’on reste dans cet état d’esprit, alors oui, Bernard Poulet a raison d’être pessimiste. Car c’est de fond en comble qu’il faut repenser le modèle.
A lire:Bernard Poulet, La fin des journaux et l'avenir de l'information, Gallimard, coll. Le Débat, 2009. Lire aussi: |
| Mise à jour le Vendredi, 17 Avril 2009 17:08 |



