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Indépendamment de l’orage qui a éclaté au MR et dont j’ignore encore les dégâts qu’il y fera, Rudy Aernoudt est à coup sûr un malin singe. D’un point de vue strictement professionnel, sa façon d’enlever, dans un grand parti, une place éligible au très rémunérateur parlement européen, était un coup de maître. Mais ce faisant, il a surtout posé une question très intéressante au système particratique lui-même : à quoi servent vraiment ces structures ?
En Belgique, nous avons longtemps vécu dans un système très fermé qu’on appelle, en bon néerlandais, le verzuiling. Traduction approximative en français : la pilarisation. La société politique a été structurée autour de « piliers », chrétien, libéral et socialiste. Il y avait, certes, des catéchismes en soutènement. Mais fondamentalement, c’était une question d’appartenance : on naissait, on vivait et on mourait dans sa « famille ». Ecoles, syndicats, mutuelles, partis, journaux même…
Ce système s’est progressivement délité. Il existe encore des poches sociologiques dans lesquelles on vote pour tel ou tel parti par piété familiale. Mais elles tendent à disparaître. L’électorat se fait nomade, d’un scrutin à l’autre et, à la différence de mon père, je peux dire pour ma part qu’à 56 ans, j’ai voté au moins une fois pour un ou des candidats d’à peu près tous les partis démocratiques.
Je ne crois pas être une exception, ni un modèle d’inconstance. Au contraire. L’élection est devenue un marché sur lequel le citoyen fait ses emplettes.
Les partis se sont adaptés. Les libéraux – pardon : les réformateurs – sont peut-être les plus avancés dans cette évolution. Mais le plus long chemin a été suivi par les socialistes : l’antique « parti des travailleurs » n’est plus celui des seuls ouvriers, mais de tous ceux qui bossent ou qui sont sans emploi. Et même des indépendants, pourvu qu’ils soient un peu progressistes. Le rose pâle se porte aussi bien chez les bobos que chez les prolos.
Au total, pour cette grande majorité qui aspire somme toute à être gouvernée au centre, parfois un peu à gauche, parfois un peu à droite, il est devenu assez facile de s’accommoder individuellement des programmes, manifestes et déclarations de grands principes de n’importe quel membre de la « bande des quatre » (MR, PS, Ecolo et cdH). Les choix se feront à la marge.
Et dans une telle configuration, les partis se contentent d’être des organisations électorales, des ascenseurs pour l’hémicycle ou pour l’administration. Les remous au sein du MR n’ont pas tant à voir avec les idées ni avec les programmes. C’est une lutte pour le pouvoir au sein d’une constellation dont le chef n’est plus incontesté. Souvent le signe annonciateur d’un crépuscule. |